September 17 2012
Ma trente-neuvième fête de l’Humanité. Depuis mes 8 ans je ne me souviens pas en avoir raté une seule. La plupart, je dois l’avouer je les ai faites en mode, les « stals » ne méritent pas une fête pareil. Sectarisme de jeunesse dû en grande partie à l’amertume contagieuse et d’un grand-père républicain espagnol qui n’a jamais pu accepter les agissements criminels d’un communisme décadent. Mais depuis les amis, quel changement. Non seulement dans mon appréciation politique et humaine des choses mais aussi et surtout dans l’ouverture et la générosité de mes camarades communistes.
Cette année je n’avais pris aucune tâche. Pas d’organisation, pas d’accompagnement, pas de coup de main, rien. Cette année je voulais profiter à plein du plaisir de partager un moment au milieu des miens. Cette année je voulais butiner de débats en concerts, de discussions politiques en verres vidés au stand de la section du PCF du bled le plus paumé qui existe. Je voulais m’en mettre plein les yeux, les oreilles et … le foie.
Ben c’est raté !
Un premier pied dans la fête. Un premier coup d’œil, sur le premier tract dans les mains, un premier sourire à ce camarade inconnu ont suffit à me faire plonger dans cette drogue que seuls les militants connaissent. Meilleure qu’une ligne de coke, bien plus planante qu’un stick d’afghan, bien plus savoureuse qu’un bon verre de vin jaune. La fraternité s’est mise à couler dans mes veines.
Arrivé sur le stand du Parti de Gauche, les camarades afférés aux diverses tâches que nous connaissons tous si bien, comment s’empêcher de bouger une table, disposer les cartons, aider à vider la voiture qui arrive à la dernière minutes avec les œufs, le lait et tout le nécessaire aux crêpes si salutaires lorsque le ventre vide un nouveau débat débute ?
Et puis, il y a ceux que l’on ne peut s’empêcher d’aller saluer, ceux pour qui on ferait le tour de la fête mille fois. Bien entendu je veux parler de mes amis les fralibs. Des luttes il y en a 1000 dans notre pays gouvernés par les lâches, tenant de la sociale-traitrise et champions de la parole vidée de sens et de sincérité. Les Fralibs seront les 1ers à gagner. Ils seront les 1ers à ouvrir la brèche par laquelle passeront tous les camarades des PILPA aux Sodimedical en passant par les Continental Nutrition. C’est notre camarade de la CGT Peugeot qui l’a clamé haut et fort à la tribune de la grande scène. Nous sommes nombreux à partager ce point de vue. Et à Gémenos, chez les fralibs nous le répétons depuis 2 ans déjà ! Alors oui, me voilà sur le stand des Bouches du Rhône où mes camarades cocos accueillent pour la seconde année consécutive ceux qui sont en lutte depuis 2ans sans discontinuer, sans rien lâcher. P’tain ça fait du bien de les revoir. On ne tombe pas dans les bras les uns des autres on s’y jette avec la même volonté que l’on jette le premier pavé dans la gueule du nervis de passage ennemi de classe et allié objectif de notre ennemi de classe.
Du coin de l’œil j’aperçois mes camarades de Grans et Salon, Jeff et Fifi (qu’il me permette ici de l’appeler Fifi). Accueilli par un amicale mais tout aussi caustique, « tiens t’es v’nu faire un tour à la fête de l’Huma ? C’est gentil de venir nous voir ! » Il sait bien qu’il m’énerve et je me prête au jeu bien volontiers. « Ouais mon gars j’suis encore là et pour un moment ! » « Vous les Stals faut vous avoir à l’œil ! » Œil pour œil, verre pour verre.
Et puis le premier débat sur le stand du Front de gauche. Jean-François Tealdi à la tribune pour l’animer. Et là un grand moment. Le plus grand moment de la fête à mes yeux. A la tribune les Fralibs, les Sodimédical puis les Doux, les Ford (accompagnés par le camarade Poutoux), les Doux, les PILPA, les Licenci’elles et tant d’autres.
Vous le savez peut-être, je suis un ibère, un ibère du Nord de Léon, une ville accolée Asturies, une ville dont dépend La Robla, un village créé autour des mines. Mon père avant d’immigrer en France y a travaillé dans ces saloperies de mines de la Robla. Alors vous comprendrez que mon œil soit particulièrement sensible au moindre signe d’Ibérie révolutionnaire. Ainsi durant le débat je vois au loin un tee-shirt marqué des 3 couleurs de la république espagnole. Je m’approche, je tends l’oreille. Ces gars là sont espagnols. Mais sont-ils des touristes ou des militants ? D’autant plus qu’un mot magique est écrit sur ces tee-shirts. « Mineros » … « Salut ! Etes-vous espagnols ou Français ? Vous soutenez la grève ou vous en êtes ? » Non Ils en sont. L’un mineur, l’autre métallo. Alors dans la seconde qui suit, je vais annoncer la nouvelle au camarade qui organise le débat. On annonce la chose à Jean-François qui anime avec un talent incroyable le débat. Et en un tour de main, voilà ceux qui ont marché sur Madrid sous les tirs à balles réelles de la police de Franco qui prennent la parole. Le camarade a été court. Court mais incisif comme seuls ceux qui luttent peuvent l’être. Je ne retiendrai qu’une phrase. « Cette lutte montre combien la classe ouvrière est au-dessus des frontières et des nationalités ». Olivier mon camarade de fralib et moi, croisons un regard. Notre émotion, nos larmes sont les mêmes. L’accolade que m’a donnée notre camarade des mines des Asturies restera longtemps, aussi longtemps que nous n’aurons pas pris le pouvoir.
Le reste ? Le reste de la fête n’est que l’accompagnement. Ceux qui ont raté cette rencontre ne sauront pas à quel point l’heure approche où enfin nous marcherons unis vers la victoire.
Qu’il me soit permis ici de rendre un hommage ému à Mr Leberquier Père. La première chanson, le premier poing levé c’est à lui que je le dois cette année. Un « chiffon rouge » chanté avec lui vaut 1000 internationales chantées nulle part ailleurs en France.
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